Texte rédigé pour l'Ecritoire, sur le thème "Breaking Point / Point de Rupture"

Elle était arrivée le matin. Il pleuvait beaucoup. Elle aurait pu être trempée mais elle avait réussi à se garder des gouttes. Il ne l’avait pas vraiment accueillie mais elle était tout de même là. Il ne l’attendait pas. Elle était venue sans prévenir. Elle est sortie de la voiture jaune devant son seuil et s’était retrouvée à sa porte.

A présent, elle se trouvait dans le salon. Elle attendait sans bruit. Dans la cheminée, le feu de la veille ne brûlait plus et l’humidité était entrée.

Il avait regagné la chaleur de la cuisine. Il préparait un café, ne sachant que faire avec elle. Elle remettait tant de choses en question par sa simple présence. Il se demandait s’il ne devrait pas aller au salon et remettre du bois dans l’âtre, réveiller les braises, et pourquoi pas la pousser dedans. Il imaginait la couleur des flammes dansant autour d’elle. Mais il savait que ce n’était pas raisonnable. Il devait se montrer adulte et ne pas laisser ses pulsions l’envahir.

Ses pensées se bousculaient. Il avait renversé le pot de café et devait en préparer de nouveau. Il ne savait pas pourquoi elle était là, chez lui, avec son air chiffonné.

Et il se souvenait… de l’écriture fine d’abord, de petites pattes de mouches posées sur le papier, puis de l’odeur du parfum, une odeur de rose qui semblait surgir de son enfance. Tout lui revenait en mémoire à présent, les bons et les mauvais moments… Il allait devoir faire face, affronter les minutes à venir.

Machinalement, il a ouvert un tiroir. Il s’est emparé d’un couteau. Il a choisi un petit couteau très fin, plus facile à manier qu’un gros couteau de boucher. D’un pas décidé, il s’est avancé dans le salon. Il l’a saisie vivement d’une main, le couteau dans l’autre.

Il allait devoir agir vite, très vite avant que tout ne se brouille de nouveau dans sa tête. Il a manié rapidement le canif, l’enfonçant dans son sein.

La dernière lettre de sa mère était désormais ouverte.

Automne 2012