Texte écrit pour l'Ecritoire en janvier 2014, le thème étant Le Voyant Rouge. (Pas de photo pour le moment car je sais exactement quelle photo je voudrais mettre pour illustrer, mais que je ne la retrouve plus... )

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Je me demande pourquoi j’ai accepté d’accompagner Marie faire les soldes. J’ai beau être sa meilleure amie, j’ai parfois du mal à comprendre ses choix et il faut avouer que ses atermoiements devant les rayonnages ont tendance à m’exaspérer. Déjà trois heures que nous arpentons les boutiques, qu’elle fait des essayages, et finit par tout reposer. Je lui propose de reprendre des forces dans un joli salon de thé à quelques pas de là. Elle commence par refuser, puis finit par céder à mes supplications.

Je profite de cette pause bienvenue pour lui demander ce qu’elle cherche avec autant d’acharnement. Elle m’avoue qu’elle veut un pantalon. J’ai du mal à cacher ma surprise : elle a déjà des dizaines et on a l’impression qu’elle porte toujours le même… Elle tente de m’expliquer que c’est complètement différent, qu’elle en veut un qui la change et termine en levant les yeux au ciel : " De toutes façons, tu n’as jamais rien compris à la mode !" Je préfère ne rien répondre, cela n’en vaut pas la peine mais je brûle tout de même de savoir pourquoi elle me demande toujours de l’accompagner dans ses virées shopping.

Nous reprenons les boutiques là où nous nous étions arrêtées. Marie a un systématisme assez phénoménal : elle entre dans toutes les boutiques d’une rue, d’abord le côté numéros pairs puis le côté numéros impairs avant de passer à la rue suivante ! En ce qui me concerne, chaque magasin me semble en tous points similaire au précédent : mêmes couleurs, mêmes formes, mêmes vendeuses…

Quoique… nous venons de pénétrer dans une petite boutique atypique. Marie m’explique que c’est parce qu’ils vendent des vêtements "vintage", ce que je traduis mentalement par "vieux rossignols de fonds de stock de plus de 20 ans". Marie commence à regarder le portant des pantalons, elle en attrape quelques-uns, se dirige vers la cabine. Je n’ai même plus le courage d’aller commenter ses choix et je l’attends à côté de la porte. Aussi, c’est avec une vraie surprise que je la vois revenir vers moi un sac à la main et m’annoncer, joyeuse, qu’elle a trouvé "son" pantalon. A ce moment-là, le soulagement doit se lire sur mon visage car elle me propose de nous arrêter là et d’aller plutôt chez elle pour qu’elle me montre son achat.

Nous voilà donc parties pour le petit appartement sous les combles qu’occupe Marie, pas très loin des rues frémissantes du centre-ville. A peine entrées, elle se rue dans sa chambre pour se changer, me demandant de l’attendre. Quand elle revient, j’ai un choc ! Je m’étais attendue à un n-ième pantalon noir. Elle me regarde, attend que je parle, mais je n’y arrive pas, je ne sais pas comment tourner ma pensée de façon diplomatique. Elle finit par rompre le silence : "Tu n’aimes pas ? Il ne me va pas ? C’est ça ?"

"Non, ce n’est pas ça… C’est juste que… ce n’est pas un peu voyant ce rouge ?"