Durant l'été, j'ai été taguée par la charmante Pomdepin. 5 photos, 5 histoires... Un challenge plus qu'un tag d'ailleurs !

Les règles sont assez simples : Une photo et un texte associé à cette photo, 5 fois. Le style de texte et sa longueur sont libres. Et chaque fois, il faut contacter un autre blogueur pour qu'il continue le challenge (avec bien entendu la possibilité pour lui de refuser). Sauf que je commence à manquer d'inspiration et que beaucoup autour de moi ont déjà été tagués... alors on va dire que c'est pour celui qui a envie de s'amuser !

Pour lire les trois premières histoires, c'est par ici , par ici et par !

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Chacun était venu pour différentes raisons : Paul avait fui le STO en s'installant dans une communauté de travail, Jean avait dû se cacher après avoir un peu taquiné les Allemands avec ses camarades du lycée, François venait de la ville où il avait été arrêté avant de réussir à s'enfuir et Jacques était né ici ou presque, dans une ferme un peu plus bas...

Mais maintenant, ils étaient tous là, dans le maquis. Quatre destins qui ne semblait pas destinés à se croiser, quatre destins irrémédiablement enchainés les uns aux autres.

Depuis plusieurs semaines, ils se cachaient, passant d'une combe à l'autre pour ne pas se faire repérer et éviter que les familles qui vivaient sur le massif ne soient mises en danger. Jacques qui connaissait tous les petits chemins comme sa poche, habitué depuis son plus jeune âge à les parcourir, était un atout précieux pour le petit groupe. Ils faisaient des missions de reconnaissance, vérifiaient l'avancée de l'ennemi, s'assuraient que l'approvisionnement arriverait pour le gros de la troupe un peu plus haut dans une grotte.

Jean avait l'impression d'avoir pris dix ans en peu de temps. Jamais il n'aurait pensé que ce qu'il faisait comme des blagues un peu potaches puisse avoir de si grandes conséquences. Et voilà qu'il se retrouvait avec un fusil à la main. Pourtant, il ne regrettait pas, il savait qu'il avait raison, il sentait que ce qu'il faisait était juste. Mais parfois, il pensait à Lucie, et il se demandait ce qu'elle devenait. Il n'aurait pas été surpris d'ailleurs de la croiser par ici, comme ces autres jeunes femmes qu'il avait vues à la grotte et qui soignaient les blessés.

Paul se demandait quand il pourrait rentrer chez lui. Les mois avaient succédé aux mois depuis qu'il avait dit non au travail obligatoire, et il aurait aimé pouvoir serrer ses enfants dans ses bras, rassurer son épouse sur le fait qu'il allait bien. Il le faisait de temps à autre, au début, quand il travaillait dans la communauté.... Puis était venu le temps de la clandestinité, et ce n'était plus possible. Il aurait aimé un dénouement proche pour revenir dans la vallée, reprendre sa vie là où il l'avait laissée, retourner à l'usine même...

François n'avait dit à personne les raisons de son arrestation, aussi plusieurs versions circulaient. Le seul fait certain était qu'il était influent, qu'il connaissait des gens haut placés, qu'il avait fait un tour dans les locaux de la gestapo et avait réussi à en sortir un peu plus mort que vivant avant d'être récupéré par des amis. C'était lui officiellement le chef du groupe mais il se reposait sur Jacques et sa connaissance du terrain pour les emmener là où il fallait aller.

Le soir venait doucement, et ils venaient de baliser une zone de parachutage. Il leur restait à attendre, et quand tous les avions approcheraient, un autre groupe les rejoindrait pour récupérer le matériel. Alors, il s'étaient assis, avaient sorti leurs paquets de cigarettes et s'étaient regardés. Ils parvenaient à se dire tant de choses par la force d'un regard que les mots devenaient inutiles. Chacun s'était perdu dans ses pensées.

C'est dans ces moments d'attente que la fatigue et la lassitude se font sentir... surtout quand, comme ce soir, le parachutage ne viendra pas et qu'il faudra revenir demain pour baliser de nouveau le site...

 

(*) photo prise au Mémorial de la Résistance de Vassieux-en-Vercors