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Un paquebot dans les arbres de Valentine GOBY

Je n'avais aucune idée du sujet du roman lorsque je l'ai acheté et je n'avais pas lu la 4e de couverture au préalable. J'avais apprécié Kinderzimmer de Valentine Goby et cela a suffi à me décider.

D'ailleurs, j'ai eu raison de ne pas lire la 4e de couverture car elle n'est pas totalement en adéquation avec ce qui est dit dans le roman sur un détail ! Ce n'est pas crucial mais je trouve ça dommage...

Revenons-en au roman... L'écriture de Valentine Goby est juste, laissant ce qu'il faut d'émotions sans jamais verser dans le larmoyant. Pourtant il y aurait eu de quoi faire pleurer dans les chaumières avec ce récit de la déchéance d'une famille tandis que le père s'enfonce dans la tuberculose, bientôt rejoint par la mère.

L'héroïne, c'est Mathilde, la fille de ces deux-là, l'enfant du milieu ou presque. Celle qui aurait mieux faire de naître garçon, celle qui sera éclipsée par sa soeur aînée et qui ne commencera à vraiment exister aux yeux de ses parents que lorsqu'elle deviendra le pilier de leur monde.

Valentine Goby nous entraine à la suite de Mathilde, nous conte l'histoire telle que Mathilde la vit, mais Mathilde n'est pas la narratrice et cela change tout... car l'auteur peut alors prendre de la distance, juger les personnages, et même parler de ce qui n'est pas encore arrivé dans le récit (mais qui s'est produit déjà puisque la narration se situe 50 ans après les faits).

C'est aussi un roman social dans lequel la société de la fin des années 50/début des années 60 est décortiquée, avec ses croyances, avec ses progrès sociaux qui ne sont pas pour tous, avec la guerre d'Algérie aussi. Et pourtant, jamais Valentine Goby ne perd son lecteur dans des digressions inutiles : elle se contente d'énoncer des faits, qui vont impacter le cours de son histoire.

Une nouvelle fois, je suis épatée par la force du récit de Valentine Goby, par sa maîtrise de la narration et par ce supplément d'âme qu'elle insuffle doucement mais sûrement.

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L'ordre du jour d'Eric VUILLARD (Prix Goncourt 2017)

Le dernier Goncourt n'est pas un roman, c'est même écrit sur la couverture : c'est un récit.
Et quel récit !

Eric Vuillard nous entraine dans les coulisses du pouvoir, là où ça ressemble à "petits arrangements entre amis"...
On commence par le financement de la campagne du parti nazi aux législatives de 1933, et puis cela s'enchaîne autour de l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par l'Allemagne en 1938... Chaque fois, politique et affaires sont mêlées... Chaque fois, les politesses des uns répondent à celles des autres...

Eric Vuillard nous donne à voir un petit monde, qui fonctionne en vase clos, que ce soit sur la scène allemande ou sur la scène internationale de l'époque... Et ces noms, nous les connaissons tous, de chaque camp, qu'ils soient hommes politiques ou hommes d'affaires.

Eric Vuillard propose un éclairage différent, une mise en scène de la manipulation du pouvoir....

Le récit est court mais percutant. L'auteur nous emporte dans ces huis-clos, il nous y enferme avec les protagonistes.

Et même si l'auteur semble avoir un certain parti pris quant aux personnages qu'il met en scène, immanquablement, se pose la question : Et aujourd'hui ?